|
« ll fallait que ça éclate »
Le 24 avril, Assiatou-de-Septembre, la présidente par intérim de l’Upr-bis, a animé une conférence de braise à Lansebounyi. Pour donner les raisons de la destitution de Oussou Koutchoun et les projets futurs de sa nouvelle formation politique. “ Tout le monde savait que ça couvait depuis longtemps et qu’un jour ou l’autre, il fallait bien que ça éclate si nos partenaires ne veulent pas entendre raison ” entame Assiatou Bah Diallo.
Elle rappelle que l’UPR (Union pour le Progrès et le Renouveau) a été crée en septembre 1998 par son époux, Sira-de-novembre, Mamadou Bâ Diallo Banqueroute et Honorable Aliou V. L’UPR originelle avait dit-elle, pour but d’unir les Guinéens sans distinction autour des idéaux de tolérance, de paix, de respect d’autrui, de la démocratie. Seulement voilà, depuis la disparition de Sira-de-novembre le 14 mars 2004, le parti aurait perdu de sa superbe. Selon Assiatou-de-Septembre, les barons du Bureau Exécutif du parti ont eu tort de bombarder à la hâte Oussou Koutchoun à la tête de l’UPR pour remplacer Sira-de-novembre. Ce même bureau exécutif, dit-elle, lassé des frasques de l’ancien président, a décidé de le destituer par la déclaration du 18 avril 2008. “ Nous sommes soutenus par une écrasante majorité des membres du parti, et par des structures qui nous envoient des motions de soutien. Le président a occupé ce poste pendant 4 ans sans se faire légitimer par un comité central, a fortiori un congrès. Ceux qui demandent qu’il soit destitué par un congrès veulent simplement noyer le poisson ” fait remarquer la Septembriste. Elle sort les griefs de l’Upr-bis contre Ousmane Bah. “Nous lui reprochons son manque de respect pour autrui . Par ce comportement, il a fini par indisposer et éloigner tous les militants, oubliant qu'ils sont tous venus d’eux-mêmes parce qu’ils souscrivent aux idéaux prônés par son Président fondateur, Siradiou Diallo”. Mme Siradiou ajoute que “par son savoir faire, sa pondération, le respect de l’autre, sa tolérance, sa générosité du cœur, Siradiou avait réussi à fédérer toutes les sensibilités de ce pays pour hisser l’UPR au sommet de la qualité. Aujourd’hui, il n’en est rien. A cause de multiples frustrations depuis le décès de mon mari, l’ancien président a fermé les yeux sur la vague de contestations qui grondait depuis toujours, pensant l’endiguer par l’intimidation. Nous n’avons rien contre lui. L'ancien président est, du reste, un homme très charmant qui a beaucoup de qualités. Mais son défaut majeur, c’est qu’il n’a pas pu rassembler. Non seulement, son bilan de quatre ans de mandat est négatif sur toute la ligne, mais nous avons constaté au fil du temps qu’il n'a pas les qualités requises pour un chef digne de ce nom. Il n’écoute que les flatteurs. La décision de la majorité n’est jamais prise en compte. En quatre ans de mandat, il a détruit tout ce que Siradiou avait patiemment construit. Il a isolé l’UPR par rapport aux autres partis politiques frères et amis alors que Siradiou nous avait toujours dit et répété que nul n’est notre ennemi dans ce pays”.
Pour Assiatou-de-septembre “l’ancien président a coupé les contacts avec les autres partis d’opposition, pour créer des clans au sein même du parti. Il tient des propos démobilisateurs. Vous l’avez entendu parler de cinquième colonne, s’agissant de ceux qui voulaient lui porter la contradiction lors des cérémonies d’anniversaire de la disparition de Siradiou Diallo”. Elle affirme que l’arrivée du “feuilleton Cellou Dalein Diallo-Bah Ousmane est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Elle aborde la médiation du Professeur Ali Nouhoun Diallo, ancien président de la Cedeao qui a abouti aux résolutions du 25 janvier 2008. “L’ancien président a bloqué les négociations sans explications, au grand dam de tous. Aujourd’hui, notre première priorité est de reconstruire et consolider le parti, resserrer les rangs autour des idéaux chers à Siradiou Diallo et au parti”. Elle termine son mot introductif par un message pour Oussou Koutchoun et ses inconditionnels: “Ces derniers temps, vous n’avez pas cessé de cracher du venin sur vos anciens compagnons et je vous comprends”.
Assiatou-de-septembre sur la braise
Et vint le temps des questions-réponses. Pourquoi avez-vous attendu 4 ans pour destituer Oussou Koutchoun ? Pourquoi le choix du presi par intérim est tombé sur elle et non sur un membre fondateur comme Aliou V? S’agit-il d’une affaire familiale? La présidente par intérim va-t-elle conduire la liste Upr pour les prochaines legis…hâtives, lance un journaleux.
El Hadj N’Diaye, ancien maire Upr de Dixinn, monte sur ses ergots. "Il n’est aucunement question de famille. Si nous avons élu Mme Siradiou Diallo vice-présidente, ça pouvait être un autre, mais nous l’avons investie comme vice-présidente du parti. Si nous débarquons le président, ce n’est pas parce que Madame Siradiou est madame Siradiou qu’elle ne peut pas être élue présidente ”.
Assiatou-de-septembre vient à la rescousse . "A l’Upr, notre famille, c’est toute la Guinée. Cela fait quarante ans que je suis à l’étranger, que je me positionne en tant que femme noire qui défend la cause des noirs. Cessons de regarder nos petits souliers pour parler de nos petites considérations ”!
La destitution de Oussou Koutchoun est-elle un putsch ? C’est pas un coup de force. Cela fait huit ou neuf mois que nous sommes sur la brèche, que nous essayons de trouver un motus vivendi, que nous lançons un cri d’alarme pour que nous reprenions nos esprits et que nous essayions de travailler ensemble ”.
La belle famille de la conférencière a condamné la destitution de Oussou Koutchoun relève un journaleux. “Ça ne peut être que mon beau-frère et nous sommes en démocratie, chacun a le droit de penser ce qu’il veut, mais moi, je l’appelle. On plaisante. On n’est pas dans le même cas. Dans la famille, chacun doit aller là où il veut, sinon comment peut-on construire ce pays? Ce que je n’approuve pas, ce sont les injures et les invectives ”. Assiatou-de-septembre, les yeux dans ceux de l’auditoire. “ Je n’ai rien contre Ousmane Bah. Dieu est mon témoin et je vous prends en témoin. Il n’y a eu que des relations très courtoises entre Ousmane et moi. Et ça me fait mal au cœur qu’on en arrive-là, parce que si j’ai partagé quelque chose avec quelqu’un, c’est avec Ousmane Bah. On a enterré mon mari et il est très attentif. Il peut être très charmant, très courtois. Mais, pour l’instant, comme on est des milliers dans ce parti, il faut laisser à quelqu’un d’autre le soin d’essayer. Toutes les fédérations ont fini par basculer. On ne va pas parler, parler, parler. Il faut poser des actes, c’est ce que je demande. Il ne faut pas être comme les gouvernements africains. Nous voulons l’alternance”.
Pourquoi Mme Siradiou Diallo n’assiste-t-elle pas aux réunions de l’Upr à Paris? lance un journaleux. “ Moi, je suis du bureau exécutif. Quand je suis à Paris, c’est le bureau fédéral qui est là-bas. Sauf quand il y a des réunions extraordinaires, quand le président est là, à ce moment-là, je suis tenue de venir. C’est Fadiga qui a dit cela, Fadiga, c’est mon fils. Il m’appelle maman, parce qu’il s’est tellement investi auprès de Siradiou que même dans sa propre famille, on l’appelle Chérif Diallo. Mais, je connais ses motivations. Il restera mon fils, mon ami, mon frère. Il a ses raisons pour dire ce qu’il a dit, je ne m’estime pas insultée par ce qu’il a dit ”.
C’est Bah Ousmane qui s’est investi pour imposer Assiatou-de-septembre. Elle répond : “Vous ne me mettrez pas en mal avec Bah Ousmane, j’ai dit tout le bien que j’en pensais tout à l’heure. Je ne veux pas revenir dessus parce que je ne suis pas sa griotte. Il a contribué et c’est pour cela que je l’ai admiré ce n’était pas son initiative. C’est la diaspora qui a posé le problème. Il a dit qu’il va attendre d’écouter tout le pays, c’est après cette démarche que j’ai été pressentie. Si le Congrès décide que c’est Bah Ousmane qui sera le président, ce sera lui. Si c’est Alimou qu’on a élu, ce sera Alimou ”.
Assiatou-de-septembre ouvre la parenthèse Cellou Dalein Diallo. “ Le problème de Cellou Dalein n’a fait qu’éclairer les problèmes qu’il y avait dans le parti. Cellou Dalein a un statut, on n’y peut rien. C’est pas nous, mais c'est Lansana Conté qui a jugé qu’il était capable d’être premier ministre. C’est lui qui l’a mis-là et qui lui a donné l’occasion de se faire connaître. Qu’est-ce que nous, on peut y faire ? Nous avons consulté tous les partis. Quand nos fédérations ont commencé à se démobiliser, il faut faire de la chirurgie pour arrêter l'hémorragie et voir qui on peut mettre là-bas. C’est pas une lutte gagnée. Elle ne fait que commencer. Le congrès sera là pour départager ”.
L’Upr-bis est un segment de l’Ufdg ? demande un confrère. “ Je voulais savoir si c’est le journaliste qui parle ou si c’est le militant de Bah Ousmane ”. (Brouhaha dans la salle). Puis, on se calme. Assiatou-de-septembre revient à la charge. “ On veut travailler avec tout le monde sans exclusive ”.
Que répond Assiatou-de-septembre face aux rumeurs qui soutiennent qu’elle a vendu l’Upr à la P’tite Cellule Diallo de l’UFDG. “ Est-ce que vous avez un chiffre ? Vous pouvez vous rassurer que Cellou Dalein n’a pas notre prix, parce que les consciences ne s’achètent pas ” répond-elle, le sourire aux lèvres.
Assiatou-de-septembre a terminé sa conférence par une leçon de journalisme à l’attention de ses confrères. Déformation professionnelle, quand tu nous tiens !
Abou Bakr
|