La crise guineenne

Les   torticolis  de  Latortue

Le 11 avril, Gérard la Tortue, le facilitateur onusien au pays de Fory Coco, a bouclé sa visite de travail par un point de braise. Aux journaleux, il a dit. «J’ai mesuré les risques élevés de division, de dérive institutionnelle et de conflits que traverse actuellement votre beau et riche pays, au moment où la prospérité économique semble pourtant frapper à sa porte, à travers la relance de la coopération financière avec les principaux partenaires publics au développement et les promesses d’investissements privés sans précédent». Que les événements de janvier et février 2007 traduisent la volonté de changement exprimée par les Guinéens.  «De mon point de vue, ce message pourrait se résumer ainsi : changement, paix, réconciliation, pardon et unité nationale». De demander aux journaleux d’être indulgents avec le Comité de veille qui patauge au Palais du peuple: «Nous devons leur accorder le temps d’achever ce laborieux travail avec la sérénité et le tact nécessaires… J’ai eu à exprimer à tous mes interlocuteurs, mon sentiment que les accords de 2007 avaient un caractère inachevé, tant sur le plan politique que juridique, et que c’est sur ces deux fronts qu’un important travail reste à faire pour éviter la reprise des conflits sociaux en Guinée».
Quelle solution de sortie de crise alors ? La Tortue répond au  journaleux: «Votre pays ressemble beaucoup au mien: les rumeurs, on les répète tellement qu’on finit par croire que c’est la vérité. Certes, il y a des problèmes. Et je crois que dans tous les pays, y compris la France, il y a des problèmes entre Sarkozy et Fillon. Il y a eu des problèmes entre moi et mon Président. Mais, c’est pas parce qu’il y a des problèmes que tout est perdu. Vous dites que le pays est bloqué. Oui, il est bloqué. En ce sens qu’il y a des décisions qui auraient dû être prises et qui n’ont pas été prises…» Après ces trois semaines, j’ai l’impression que cela peut être un des résultats indirects de cette mission :
attirer l’attention des principaux protagonistes sur la nécessité de s’entendre.
La Tortue sortant d’une rencontre avec Lansana Kou-raté fait cette confidence. «Si ça ne dépend que de lui, il fera tout son possible. Je vois les gens de la Présidence aussi, ils sont prêts à faire tout leur possible pour que ça marche. Mais, vous savez qu’une machine qui marche doit avoir aussi des ratés. Il faut vous habituer à des ratés et ne pas croire que la perfection est de ce monde. Il y aura des ratés, mais croyez-moi, il y a une prise de conscience aujourd’hui au niveau de l’Etat pour trouver des solutions pacifiques à cette crise». Pauvres de nous saturés de ratés ! Et le 31 mars ?
«Personne ne veut plus prendre la rue. Il y a une prise de conscience, ce n’est pas la rue qui peut trouver la solution. On doit la trouver dans la sérénité, dans les discussions. Je peux vous accuser que les discussions ont commencé, vont durer et prendre tout le temps nécessaire. C’est mieux que la violence de la rue et les diktats de la rue pour dire comment gouverner un pays. Les problèmes ne sont pas aussi insurmontables.».
Espérez-vous pouvoir résoudre le problème guinéen ? Que pensez-vous du décret tout chaud du Président rapportant l’arrêté du premier ministre sur la cession de certains hôtels du pays ? La Tortue, sort de sa carapace. «Je ne suis pas fou pour croire que je peux résoudre seul le problème guinéen. C’est le problème du peuple guinéen. Je vous donne seulement l’assurance que des deux côtés, il y a la volonté de rechercher une solution aux problèmes posés. Des problèmes qui peuvent paraître graves. Il y a d’autres aspects du problème qu’il va falloir voir et qui relèvent de la bonne gouvernance. Est-ce qu’un décret peut rapporter un arrêté ? Ce n’est pas possible. Les problèmes sont plus compliqués. Il faut aller au fond des choses pour étudier la valeur exacte de chaque acte posé par le gouvernement. Donc, les apparences peuvent être trompeuses».
Et La Tortue fait la morale: «Je vous demande à vous de la presse de ne pas vous laisser emporter par les rumeurs.
Essayez d’avoir des amis, des consultants, allez les consulter, posez le problème avant d’écrire quoi que ce soit dans vos articles parce que ce que vous écrivez est important dans un pays comme la Guinée. La population a tendance à croire la vérité, tout ce qui est écrit ou peut-être même tout ce qui est dit à la radio. Alors, soyez prudents».
Pourquoi êtes-vous si pessimiste dans un pays qui est au bord du chaos ? lâche un autre journaleux.
«Si vous répétez à tout moment le pays est au bout du chaos, le pays finira par tomber dans le chaos. Je vous exhorte vraiment à avoir une attitude beaucoup plus positive. Le pays fait face à des difficultés, mais c’est la justice qui aide, qui facilite le rétablissement des choses. Quel autre facteur pourrait le faire mieux que la justice ? La justice ne peut pas apporter le chaos. Elle ne peut contribuer qu’à clarifier les choses. Les enfants des victimes du camp Boiro, il faut que ce problème soit résolu par exemple. Dans tous les pays qui sortent d’une longue crise, il y a toujours des commissions vérité et justice. Que ce soit en Afrique du Sud, que ce soit chez moi en Haïti, après les longues années de la dictature des Duvalier. C’est la voie qui conduit vers la réconciliation nationale. Et c’est la réconciliation nationale qui permettra le développement».
En conclusion, La Tortue dicte cinq commandements pour sortir la Guinée du bourbier. Mais, comme on est abonnés aux ratés !
Premier commandement : Le mandat du Gouvernement de consensus devra être limité, ne pas excéder trois ans.
Deuxième commandement : La mission du Gouvernement de consensus devra être fondée sur des objectifs précis: l’organisation d’élections libres et transparentes, la promotion de la bonne gouvernance.
Troisième commandement : Les membres du gouvernement de consensus devront s’engager solennellement et par écrit qu’ils ne brigueront aucun mandat à l’issue de leur mission. «Moi, quand je dirigeais la transition dans mon pays, j’ai obtenu de mes ministres qu’ils ne brigueront aucun mandat.
Quatrième commandement : Il devra s’instaurer un rapport de transparence et de confiance mutuelle entre le Président de la République et le Premier ministre.
Cinquième commandement: Le Gouvernement de consensus devra combattre l’inégalité sociale et engager les Guinéens sur le chemin de l’autosuffisance alimentaire.
Pour le moment, les Guinéens font face à l’insuffisance alimentaire. Rien de moins.
Abou Bakr

Les dividendes des «dix commandements»

La une: «Les Dix commandements de La Tortue» du Lynx 834 du 7 avril aura porté bonheur à Gérard La Tortue. «On me reconnaît dans la rue. On dit : c’est vous Monsieur Gérard La Tortue ? La dernière fois, un de ces gens-là m’a offert une belle ceinture, malheureusement pour moi, mon ventre était trop proéminent pour la contenir. J’ai trouvé les Guinéens très gentils et partout on me l’a fait savoir…
On m’a remercié et félicité pour le fait que je n’ai pas utilisé la langue de bois, que j’ai dit les choses telles qu’elles sont».
La caricature du Tocard du Lynx n’a pas, non plus, dérangé Gérard La Tortue. «Je me suis vu entre le Président et le Premier ministre, c’était une bonne place» raille La Tortue qui s’est dit quand même surpris de voir le contenu de cette réunion de briefing dans les colonnes du Lynx. «On m’a mis dans le journal, en grande page, parfois à la couverture. On m’a dit que rarement un fonctionnaire des Nations Unis aura été médiatisé de la sorte. Le journaliste du Lynx a passé quelques minutes dans la salle et il a écrit beaucoup sur moi. Avec des dessins humoristiques et des paroles satiriques. On m’a dit que c’est de l’humour. C’est tant mieux». Vous avez donc aimé les caricatures ?
 interroge un lynxournaliste. «Ah oui, bien sûr !» fait La Tortue, sourire aux lèvres. «Je ne suis pas faiseur de dix commandements; Je ne suis pas Moïse. Moi, j’ai parlé juste de ce que je pense de la situation guinéenne». Sacré et souriant La Tortue ! En vitesse !

A. Bakr

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