Silence, on  voyage !

J’étais à Paris. A l’invitation de Chantal Colle, j’ai participé à la conférence de presse que celle-ci a organisée au Palais du Luxembourg, le siège du Sénat français, le 19 avril. Un mois après qu’elle a été expulsée de son pays natal par la force de Beau Kéïta. C’est paradoxalement le moment qu’a choisi Aimé Césaire, l’auteur du Cahier d’un retour au pays natal, pour tirer sa révérence. L’histoire, c’est quelquefois une somme de méchantes coïncidences.
En allant à Paris, les journaleux qui étaient à l’heure à l’aéro-hangar de Conakry Gbessia pour prendre le vol d’Air France à destination de Roissy Charles de Gaule, ont naturellement rempli la fiche habituelle de police, joliment appelée fiche d’embarquement. Celle-ci s’est retrouvée entre les mains de la presse… de M. Beau Kéïta. Nous avons lu dans les colonnes de cette presse-là, étalés en toute humilité, les numéros de nos passeports…ordinaires. Nous avons fini de comprendre, à notre corps défendant, que dans une dictature qui renaît de ses cendres, les fiches de police sont également celles de la presse. C’est pourtant nous, voyageurs sur Paris, que l’on a taxés de mercenaires de la plume. Dans un pays à l’envers, qui retourne à pas de géant vers la partie la moins glorieuse, la plus sanglante de son passé, la formule n’est pas du tout mauvaise.
On ne peut pas ne pas être fier de sa plume de mercenaire qui n’hésite pas, qui n’hésitera pas à plonger dans l’encre de la merde pour tracer les lignes de la vérité. En lettres d’or. Avec pleins et déliés. Malgré les obstacles et les pièges, les appâts et les appétits. Loin des “ salons de la condescendance ”. Sourds aux ordres des apprentis dictateurs et à ceux des loups qui crient aux loups.
Je ne sais pas où était M. Beau Kéïta, ni ce qu’il faisait entre le 17 et le 27 janvier 2007, mais nos plumes de mercenaires, elles, étaient dans la rue, dans les morgues, dans les gaz lacrymogènes, pour aider à identifier les victimes tombées sous les balles, perdues ou intentionnelles. Ne serait-ce que pour le respect des victimes et des familles éplorées que nos plumes de mercenaires ont pu dénombrer, et celles qui restent à identifier, le Ministre de l’Intérieur et de la sécurité ne devrait pas remettre à sa presse, les fiches que sa police dresse sur les voyageurs. Même si ceux-ci se rendent à la conférence de presse de l’une de ses victimes. Il n’est pas normal que le ministre d’un gouvernement sorti tout droit d’une volonté et des actes de liberté, bafoue à ce point, la liberté individuelle des citoyens qu’il est censé protéger. M. Kéïta, n’oubliez pas que le Beau Mur de Berlin est tombé ! Je pense que vous le savez maintenant. Le Rideau de fer est troué. Le KGB a changé de nom. Ses manuels ont vieilli. Ses méthodes, itou !
Il est grand temps que vous sachiez que la liberté a jailli. Même chez nous. On n’y peut rien ! La presse au pas n’est plus qu’une fiction. Il est inutile de s’y agripper. Elle ne peut être que plurielle. Domestiquez la partie que vous avez. L’autre vous échappera forcément. Pour se mettre au service de la vérité. De l’objectivité. De la neutralité. La partie de l’opinion que vous ne voulez pas écouter, vous l’entendrez. Vous la verrez sur votre petit écran. Si vous tournez le bouton, elle sera là tout de même. Dans la conscience. A défaut, dans le subconscient. Redoutable compagne ! Ceci grâce aux mercenaires de tous les temps. Ceux de la plume que vous ne saurez casser. Cette promesse, nous la tiendrons. Vaille que vaille !

Par Diallo  Souleymane

 

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