|
Loin, loin, à 525 Km de
Conakry, la préfecture de Tougué s’apprête à vivre le 18
décembre 2005, sur le mode de la triangulaire, PUP, UFR et UPR. Tougué
140500 habitants 146 bureaux de vote. Tougué centre: 30 bureaux de
vote. Fello Koundouwa : 13. Koli 20 B.V. Kouratonga 13. Tangali 9.
Kona 14. Koïn 16. Fatako 11. Kollagui 10.
Kansaghé 10.
A la veille du scrutin, la confiance ne règne pas. Le mot d’ordre de
l’opposition: le PUP y en a marre ! A la mairie depuis 15 ans, Safaiou
Baldé avec 3 mandats, 12 ans, a squatté la mairie de Tougué.
Cheick Oumar Touré, président du syndicat et candidat du PUP «Le maire
sortant a brigué 3 mandats et en général, il n’y a pas eu de
changement à Tougué. C’est pas qu’il n’y a pas d’entente au sein du
parti, mais nous voulons qu’il parte. C’est la raison de ma
candidature». Beau joueur, persuadé que les communales 2005 seront
transparentes, il se dit prêt à accepter les résultats des urnes.
Mamadou Diaby, membre de l’UPR, «Je suis dans cette affaire depuis 15
ans, mais les élections n’ont jamais été transparentes à Tougué. De
toutes les façons, nous sommes prêts à accepter les résultats. Si
depuis 15 ans, c’est le PUP qui gagne, cela veut dire que c’est la
fraude qui règne depuis 15 ans».
Il constate quelques difficultés à Tougué: manque d’eau, mauvais état
des routes, manques d’infrastructures scolaires.
L’UFR se présente une première. La tête, Mohamed Sako Barry ne fait
pas mystère de ses mauvais
rapports avec le PUP. L’UFR de Tougué serait sortie des entrailles du
PUP. Mohamed Sako Barry confie : «Nous avons démissionné du PUP par
manque de transparence depuis 2001 et nous avons installé l’UFR. Dans
une élection transparente, le PUP n’a jamais gagné. Nous attendons de
voir ce que ce semblant de transparence va donner».
Vis-à-vis du préfet de Tougué, l’opposition est plus que sceptique.
Même quand le Préfet tient un langage d’équité. «Il nous a toujours
demandé de le mettre en confiance, mais le gros du problème est que
nous n’avons pas les mêmes privilèges que les militants du PUP».
L’UFR qui promet le scandale en cas de fraude.
«Plus rien ne nous met en confiance ici, d’ailleurs les gens n’avaient
pas le goût des élections» affirme le candidat UFR. A Tougué,
l’opposition fait chorus : «Nous nous sommes procurés des spécimens
auprès des paysans. Nous n’en avons pas reçu de l’administration. Nous
sommes confiants au fond que les populations sont mal
informées.» affirme Mamadou Diaby membre de l’UFR.
A Tougué, bon nombre de citoyens n’ont pas de pièce d’identité. Au
centre-ville, mais aussi dans les zones rurales. Les certificats
d’identité ont été livrés aux chefs des districts mais en nombre
limité. El Hadj Boubacar Baldé, candidat UPR, «Le préfet qui coiffe me
paraît très tranchant. Mais, il y a un problème qui lui échappe, c’est
le choix des représentants de l’administration aux bureaux de vote».
Au centre urbain de Tougué, on ne s’est pas bousculé dans les bureaux
de vote, ou les représentants des partis politiques ne sont pas tous
présents.
A l’école primaire de Tougué I, le Bureau de vote N°5 dirigé par Dian
Bhoye Kanté, le problème de pièces d’identité s’est posé. Et les votes
par procuration. L’isoloir est transparent. Le BV n°2, lui, dirigé par
Amar Baldé, là aussi il y a eu inégalité de
représentation des partis politiques. A ce sujet, le préfet Boubacar
Barry explique: «Si cela existe, ce n’est pas normal et je ne crois
pas que cela puisse exister à Tougué. Vous savez, les paysans sont
influençables. Quand ils ont un journaliste en face, ils sont
paniqués.» Au B.V. N°3; Boubacar Bakari Baldé, candidat UPR, est venu
s’acquitter de son devoir civique. Il explique: «Je suis en confiance
avec cette nouvelle mesure pour le moment. Le préfet qui coiffe paraît
très équitable.» Dans le B.V. n°1 le seul où on trouve un observateur,
le président , Mamadou Kounei Diallo, reste méfiant devant la presse.
Dans la matinée, c’était le désert dans la plupart des bureaux de
vote. Le problème des pièces d’identité continue de se poser. Cela
serait dû au prix exorbitant de ce papier. Ici, pour une pièce
d’identité, il faut environ 30. 000 francs Guinéens.
Nous, en tant que paysan, c’est trop.
A ce sujet, le commissaire central Mohamed Camara explique: «Infonet
est privé. A l’heure actuelle, l’Etat ne
subventionne plus. Ce sont les raisons du coût des pièces d’identité».
Depuis le 11 décembre, la Commune Urbaine de Tougué est dirigée par
Mme Yélikhan Camara, secrétaire générale de la Commune.
«L’administration ne s’est pas mêlée aux campagnes électorales. Nous
avons reçu une seule plainte. Celle de l’UFR par rapport aux spécimens
des bulletins de vote. Nous voudrions les remettre aux présidents de
district, ils ont refusé de les prendre en charge. Par peur du
comportement de l’opposition», explique-t-elle.
A Tougué, jusqu’à 9H30, ce 18 décembre 2005, les services de sécurité
n’étaient pas visibles. Dans cette localité, les populations n’ont
apparemment plus le goût des élections. Certains s’abstiennent de
voter, soutenant que vote ou pas vote, le PUP gagnera. Il faut noter
dans certains bureaux de vote, le manque de matériel électoral.
Dans le Bureau de vote N°7, à Tougué 1, Mosquée, depuis le matin, 271
électeurs seulement avaient pu voter sur 672. Et cela est dû au manque
d’enveloppes. Dans le village de Fougoumba, au Bureau de vote N°4,
l’urne s’est détachée, les vitres se sont brisées et les membres du
bureau étaient obligés de fermer, pour réparer l’urne.
Il est à signaler que certains magistrats sur le terrain n’avaient
encore reçu, en cette matinée du 18 décembre, ni leur frais de
transport, ni leur frais d’hébergement, ni leur perdiem.
Monique Curtis
Envoyée spéciale à Tougué |