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CAN Ghana 2008 Accra
Les supporteurs guinéens dans la dèche

La CAN a débuté en Guinée bien avant l’heure. Depuis le 16 janvier, les supporters guinéens ont donné le coup d’envoi du match Ghana-Guinée. A Conakry, on se dirait dans une ville qui fête l’arrivée du trophée continental. Pronostiquer en défaveur du Syli national est commettre un crime contre la patrie, saper le moral des troupes. Dans un taxi à
Cosa, un passager l’a appris à ses dépens qui a prédit une
défaite du Syli national. Un
co-voyageur lui a flanqué une édifiante gifle. Le 19 janvier, au marché de Madina, quelqu’un, pour plaisanter, a dit que les Ghanéens vont gagner. Il a été battu à sang par des vendeurs de pneus. Au quartier de Nongo Taadi, un père de
famille, mordu de foot, a carrément maudit un de ses enfants qui ne prévoyait pas une très bonne CAN au Syli national.
Le 20 janvier, à Sandervalia, un petit cireur a été brutalisé par des jeunes supporters qui l’accusent d’avoir déchiré une affiche du onze du Syli national. Des autos qui n’ont pas affiché un gadget pour l’équipe nationale se sont vu attaquer par des fans.
A Hamdallaye, Bambeto, Cosa, Enco 5, des vandales ont cassé des pare-brises, endommagé des voitures. Pour circuler peinard à Conakry, il faut parer la voiture du drapeau ou de gadgets.
Drapés de shirts, avec des gadgets estampillés Syli national, une foule de supporters ont pris d’assaut les rues de la
capitale, hurlant des slogans. Tambours, sifflets, chants pour un grand vacarme. Dans les night-clubs, des noctambules sapés dans le rouge-jaune-vert ont festoyé.
Les artistes n’ont pas lésiné. Des chansons pour le Syli national, il y en a eu dans les principales langues du terroir. Les clips ont inondé le petit écran.
Dans les mosquées, les fidèles ont prié pour la victoire contre le Ghana et pour le succès final. Jusqu’à 17 heures, le 20 janvier, la fête a battu son plein. 90 minutes plus tard, un calme olympien a régné après la défaite du Syli national. Ainsi va la vie.
Excepté quelques rares privilégiés qui ont pu dénicher des hôtels à temps, ce n’est pas la joie pour les centaines de supporters guinéens qui ont fait le déplacement d’Accra. Pour eux, l’aventure ghanéenne est synonyme de calvaire. A Conakry, on leur avait assuré que tout était fait pour les accueillir. La réalité est tout autre. Nos supporters sont abandonnés qui dans des hangars de l’Aéroport Kotoka d’Accra, qui dans l’enceinte de l’Ambassade de Guinée. Les plus veinards, ont pu nicher chez des ressortissants guinéens. «Aucune disposition n’a été prise pour nous accueillir ici. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes contrairement aux ressortissants des autres pays dont les Gouvernements ont pris des dispositions pour les accueillir» se plaint un supporter guinéen coincé à l’aéroport Kotoka d’Accra. Un proche
du comité d’organisation
explique : «Beaucoup de
Guinéens sont venus du Togo, Côte d’Ivoire, Mali et Burkina Faso. Cette affluence a
posé problème. Le comité d’organisation débordé n’a pas pu reprendre la situation à temps. Mais, ça ira».
Les tickets d’accès au stade ont causé des tourments. Le ministère de la jeunesse avait commandé 5000 billets et
200 accréditations pour la
délégation officielle. Le ministère Ghanéen des Sports
n’a délivré que 500 tickets.
M. Baidi Aribot, ministre des Sports et M. Bruno
Bangoura, Président de la
Fédération guinéenne de
football ont dû se rabattre sur
le marché parallèle pour
1500 tickets supplémentaires. 3000 supporters du Syli national ont été privés du match d’ouverture. Entre l’aéroport Kotoka et le stade (une trentaine de kilomètres) c’était trop juste pour nos supporters. Même les familles des joueurs n’ont pas échappé à la galère. «Il n’y a personne en face, pour se plaindre. Les réservations d’hôtel n’ont pas été faites à temps. Les Ghanéens sont des hommes de principe. Ils ne peuvent rien faire pour
quelqu’un qui privilégie l’improvisation. Or, les Guinéens aiment improviser» déplore le parent d’un joueur du Syli
national.
Presque tous ces supporters déçus souhaiteraient retourner à Conakry. Mais, ils se demandent que faire pour s’extraire du calvaire de la capitale ghanéenne. C’est à chaque fois pareil. La pagaille nous colle à la peau. Les pèlerins guinéens sont les plus emmerdés de la Mecque du fait de la vénalité invétérée des guides et des organisateurs. Dans les conférences internationales, nous brillons par notre lenteur. Dans les rencontres sportives, nous péchons par notre imprévoyance.
A la CAN 2006 en Tunisie, les joueurs du Syli national avaient pâti du manque d’organisation. Le jour du départ pour Conakry, ils ont été vidés de l’hôtel et priés d’aller attendre à l’aéroport. Les hôteliers avaient sué sang et eau pour récupérer les loyers entre les mains de petits malins qui se beurraient sur le dos du Syli. Nos joueurs avaient poireauté des heures et des heures à
l’aéroport de Tunis avant de trouver un avion.
Pour bien des observateurs, une bonne performance de l’équipe nationale à Accra, au regard de la pagaille qui caractérise l’administration guinéenne, relèverait d’un miracle. L’improvisation touche toutes les sphères. Le sport en fait les frais.
Dans les quartiers de Conakry, on explique autrement la défaite du Syli national au Ghana. «Quand le Président Lansana Conté remettait le drapeau national au Ministre des Sports, le drapeau lui a glissé des mains. Cela présageait un malheur pour notre équipe nationale» extrapole un supporter. Il faut prier pour le Syli national pour la suite de la compétition.

Abou Bakr

Une  question  à  Assan  Abraham  Kéïta

M. Assan Abraham Kéïta, Directeur de Publication du Lynx
s’intéresse aux sports, notamment au football, il nous livre ses sentiments sur la CAN 2008 et sur le premier match du Syli National.

 

Que pensez-vous de la première sortie du Syli national face aux Black Stars du Ghana, en match d’ouverture de la 26e édition de la CAN 2008 ?

Assan Abraham Kéïta : Je voudrais d’abord dire que sur le papier, le Ghana partait favori. Parce qu’il est le pays organisateur, qui joue dans ses installations et devant son public. Il y a aussi que les Black Stars ont gagné 4 fois déjà cette coupe. Ils en ont l’expérience. Et l’expérience, c’est tout ce qu’on ne peut pas acheter. Le Ghana a aussi participé à la dernière coupe du monde d’Allemagne 2006 où il aura été le seul pays africain à se qualifier en 8e de finale. C’est pas rien. Quant à la Guinée, le Syli national a joué et perdu une finale en 1976 contre le Maroc à cause de la nouvelle option que la CAF avait décidée. Il s’est qualifié deux fois pour les quarts de finale 2004 en Tunisie et 2006 en Egypte. Mais la Guinée n’a pas encore organisé de CAN. Tout cela constitue un handicap par rapport aux Black Stars. Nous avons cependant pensé que sur un match, notamment le match d’ouverture, tout était possible. Parce que comme le Ghana, nous avons des joueurs de talent, très techniques, qui sont capables de faire la différence face à n’importe quelle équipe africaine. Pour peu qu’ils soient sérieux durant les préparatifs, qu’ils aient un mental fort et que le coach s’attèle à corriger bien de nos péchés mignons. Notamment une condition physique souvent précaire. Pour preuve nos matchs contre le Sénégal à la CAN d’Egypte 2006 et notre récent match amical. Nous démarrons
toujours fort en première
mi-temps pour nous essouffler en seconde période et nous faire battre. Nous sommes à une époque où tout va vite. Le foot n’y échappe pas. C’est bien pourquoi, il faut une bonne préparation physique. Des joueurs physiquement au point, peuvent poser bien des problèmes à leurs adversaires les plus talentueux. C’est le cas des Lions Indomptables du Cameroun qui sont toujours au point physiquement, avec un mental très fort. Techniquement, ils ne sont pas un foudre de guerre, mais très souvent ils gagnent des matchs décisifs, même s’ils n’y mettent pas la manière. Vous avez dû remarquer contre les Black Stars, nous les avons contenus durant les 15 premières minutes, puis ils nous ont évincés au milieu du terrain. De sorte que notre défense a subi le jeu jusqu’aux citrons. Les Black Stars se sont offerts des occasions de but incroyables. A la reprise, nous n’avons soufflé un peu qu’après l’égalisation de
Kalabane et la rentrée de
Karamoko et de Soumah. Et alors les Black Stars ont commencé à douter eux-mêmes et semblaient même opter pour le match nul. Mais nous étions bien plus fatigués en défense. Quand on ne rate pas les
dégagements, on en fait à la
catastrophe. Imaginez que Ayew, le fils d’Abédi Pelé a failli aggraver le score, bien avant Muntari, parce qu’il n’était pas pris. Et quand Sulley Muntari a aussi marqué à la 90e mn, il n’y avait aucun écran en face de lui, et il n’y avait personne pour le contrer.
Autre péché de notre
équipe. La défense joue très statique, quand il y a corner. Nos défenseurs se contentent de regarder la balle venir, au lieu d’empêcher les attaquants adverses de l’intercepter de la tête. Conséquence ? Les Black Stars étaient toujours les premiers à sauter et ils ont failli nous planter bien des buts de la tête. Nous avons eu de la
baraka avec les poteaux.
Je voudrais aussi dire que nous tirons très peu au but,
excepté Feindouno. Nos
attaquants ont la manie de vouloir dribbler le gardien de but avant de marquer. Les joueurs du milieu non plus ne tirent pas souvent. Or, on n’entre pas toujours balle au pied, dans les défenses qui se respectent. Il importe donc que cela soit corrigé.
Il faut enfin que nos joueurs comprennent qu’un match, c’est 90 minutes. Nos joueurs se déconcentrent très facilement. Surtout quand ils mènent ou durant les dernières minutes de jeu. C’est même un mal guinéen. En 1976, en finale contre le Maroc, le but
assassin de Faras. En 1994 à Tunis contre les Black Stars. En 2004 contre les Aigles du Mali, le tir de Mamadou Diarra. Et voilà en 2008
encore, contre les Black Stars. Les grandes équipes, c’est la
rigueur à tout point de vue. C’est tout cela qui pourra nous permettre de battre les Lions de l’Atlas du Maroc en dépit de leur forme actuelle.

Propos recueillis par

Thierno Saïdou Diakité

LA LETTRE Sportive
Une rubrique de Thierno Saïdou Diakité

les femmes et la can

Le Ghana rit, la Guinée pleure  !

La 26è édition des phases finales de la CAN a
démarré sous de mauvais auspices pour la Guinée. Le Syli national qui a eu le redoutable honneur de disputer le match d’ouverture de la compétition contre le pays organisateur, est quelque peu passé à côté de son sujet. Contrairement à ce que l’on croyait, c’est notre équipe nationale qui a le plus subi la pression. En première période, les joueurs étaient crispés sur le terrain. Timorés, ils ont laissé jouer les Ghanéens. Jouant de
malchance et heureusement pour nous, nos adversaires ont eu trois balles sur le poteau des buts de Kémoko Camara.
Après les citrons, l’on assiste au même schéma de jeu. Les Ghanéens, plus en jambe,
ratissent le terrain. C’est sur une de leurs nombreuses offensives qu’ils obtiennent un penalty transformé. A la suite de ce but, le jeu guinéen prend des couleurs. Feindouno
retrouve quelque peu ses marques. Il arrive à orienter le jeu. Sans être véritablement appuyé dans ses relances, il n’arrive pas à inquiéter la défense ghanéenne après l’égalisation. Et ce qui devait arriver, arriva. Sur un tir des 30 mn Sulley Muntari bat imparablement Kémoko. Ce but fait dire à Joseph Antoine Bell consultant de RFI, que les Guinéens n’avaient pas pris assez d’informations sur les Blacks Stars. Selon Bell, ce joueur a l’habitude des tirs lointains. Et lorsqu’il a vu Essien lui transmettre le ballon dans les 40 m et progresser sans être contré, il avait compris qu’il y aurait danger. Sur cette phase de jeu, nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes. La déconcentration de dernière minute nous a été fatale. Ce n’est guère une première pour nous. Nos joueurs oublient trop souvent qu’une partie se joue jusqu’au coup de sifflet final de l’arbitre.
Cette défaite a été ressentie dans tout le pays comme une douche froide. On aura
rarement vu une aussi grande mobilisation des Guinéens autour du Syli national. Quelques jours avant la rencontre, l’effervescence était à son comble. Malheureusement, la liesse populaire s’est transformée en tristesse. Une déception difficile à digérer pour les nombreux fans du
Syli national. Face à l’excès de confiance des uns et des autres, nous avions préconisé le sens de la mesure. Rencontrer en match d’ouverture le pays hôte n’est pas une mince affaire. Le Ghana, l’un des derniers mondialistes africains, sans être un foudre de guerre s’est préparé dans l’optique de remporter ce trophée qui lui échappe depuis 1982. Signe des temps, va-t-il récidiver son triomphe de 1978 ? Cette année-là, le Ghana accueille la XI CAN. Le 5 janvier 1978, en match d’ouverture, il dispose de la Zambie (2-1), et le 18 février s’impose en finale (2-0) face à l’Ouganda. S’adjuge ainsi de son troisième titre continental après 1963 et 1965. L’histoire va-t-elle se répéter pour les Black Stars ?
Pour le Syli national, il n’y a plus de calcul à faire. Après avoir subi cette défaite, et s’il veut passer au second tour, la victoire est impérative le 24 janvier face au Maroc. Une seconde défaite entraînera de facto notre élimination de la compétition. Il faut espérer que Nouzaret adoptera une toute autre option tactique. Son système attentiste contre le Ghana lui a joué un mauvais tour. Face au Maroc, il sera obligé d’être un peu plus conquérant. Au pied du mur, son équipe n’a pas le droit à l’erreur. Si les Marocains s’imposent aux Namibiens, il seront difficiles à jouer. C’est pourquoi la défaite du 20 janvier risque de peser lourd pour nous. Nous l’avons appris à nos dépens, la CAN est une épreuve impitoyable. Les
erreurs se paient cash.
A mercredi prochain !

THIERNO saidou diakite

les femmes et la can

La  Sylimania

De mémoire de Guinéen, jamais le Syli National de Guinée n’a été autant soutenu  par les femmes. A quelques jours de la CAN, la fièvre était très forte. Les femmes, toutes générations confondues, étaient parées aux couleurs nationales. La plupart avaient des boucles d’ oreilles, des colliers, des bracelets, des chemisiers, des chaussures rouge-jaune-vert. Le drapeau national pendait dans les cuisines. La demande des objets à l’étiquette du syli, était si forte qu’à tous les coins de la capitale, les femmes avaient  installé des tentes pour confectionner des objets à l’étiquette du Syli . Qu’importe le prix, l’essentiel est d’être dans le vent du Syli.
Dans les marchés, les  patates,  poisson, viande et condiments étaient labellisés Syli.
La veille du match d’ouverture, les femmes déguisées en footballeurs déambulaient dans les rues. La nuit, c’étaient des danses.
Le 20 janvier, jour de démarrage de la CAN, les femmes  étaient pressées de faire les travaux ménagers pour se retrouver devant la télé. Durant le match, certaines  priaient  in petto, d’autres applaudissaient pour encourager le Syli. Après le match, beaucoup pleuraient, comme si elles venaient de perdre un proche. Quelques-unes estimaient que «rien n’est perdu, le Syli s’est bien comporté sur le terrain. Il fallait s’attendre à un tel résultat. Rencontrer le pays organisateur en début de compétition n’est pas souvent aisé. On compte sur les autres matchs».
Maïmouna Bah

Une  leçon  à  retenir

La ferveur populaire suscitée par la participation du Syli national à la 26ème édition de la CAN, est une leçon à retenir par tous les acteurs de la vie nationale. Les décideurs, les leaders des partis politiques, la société civile, ont tout intérêt à méditer sur l’élan de solidarité exprimé au Syli national. Comme un seul homme, de Conakry à l’intérieur du pays, les Guinéens ont prouvé qu’ils pouvaient transcender leurs différences. Pour relever le défi du développement socio-économique du pays qui nous interpelle. Il y a lieu de cultiver ce sentiment, la fibre patriotique existe. Les citoyens en ont administré une cinglante preuve. Il revient aux décideurs et autres acteurs de la vie nationale de se remettre en question. La Guinée ne sera que ce que l’on voudra qu’elle soit.
TSD

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