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Conférence-Débats: La corruption et l'Education guinéenne

Dans bien de pays d'Afrique, la corruption est devenue un cancer dont le traitement exige rien moins qu'une intervention chirurgicale. LAF "Les Amis du Futur" consciente de la gravité de "l'épidémie" se mobilise pour informer et sensibiliser d'autres étudiants sur les méfaits encourus à travers des conférences-débats.

LAF "Les Amis du Futur", une Ong universitaire modèle où trône M. Kaba Sansy, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Comité de Lutte contre la Corruption (CNLC) a organisé le Samedi, 15 novembre dernier à l'hôtel Camayenne à Conakry une journée porte ouverte sur la corruption en Guinée avec pour thème Le rôle des institutions de l'éducation dans la lutte contre la corruption.

La salle de conférences de l'hôtel Camayenne était bondée de monde. Des élèves, étudiants et professeurs de la capitale étaient venus s'enquérir de l'état d'avancement de ce cancer dans les institutions d'enseignement et surtout comment il carbure.

Après la projection d'un film documentaire de 15mn sur la corruption réalisé pour la circonstance par LAF avec la collaboration de la Radio Télévision Guinéenne (RTG), il était revenu au conférencier du jour M. Alia Diaby de prendre la parole.

D'entrée de jeu, il dira que le terme de corruption est le genre de concept en vogue. Il est sur toutes les lèvres en ce début du millénaire. Après un bref aperçu sur la notion de corruption, viendra ensuite une panoplie d'interrogations que l'on peut se poser autour de ce qui semble avoir atteint aujourd'hui ses lettres de noblesse dans l'arsenal administratif du pays.

Des interrogations du genre : Qu'est ce que c'est que la corruption, ses formes, les types, les stratégies corruptibles, son évolution dans le monde et la Guinée, les modalités anti-corruption dans le secteur éducatif.. autant de questions qui laissent l'auditeur perplexe.

Selon lui, la corruption est l'abus d'une fonction publique à des fins d'enrichissement personnel. Le code pénal guinéen dit qu'en réalité l'agent public qui sollicite ou agrée des avantages pour accomplir ou s'abstenir d'accomplir un acte de sa fonction fait de la corruption. Il indiquera que la façon dont le code guinéen parle de la corruption est dépassée. Aujourd'hui, quand on dit corruption on associe tous les concepts voisins : Prévarication, prise illégale d'intérêt, le délit d'initié, le détournement de deniers publics et leurs corollaires a-t-il ajouté.

Après avoir apporté des réponses solides et palpables à ses différentes interrogations, M. Alia Diaby, professeur de Sciences politiques et Chef de département Droit Public de l'université de Conakry dira que le phénomène de corruption est resté pendant longtemps tabou pour les Etats et que c'est seulement en 1996 que la Banque Mondiale est montée au créneau pour dénoncer ce fléau qui gangrène le développement avant d'ajouter qu'elle entrave la croissance économique, décourage l'investissement privé étranger, réduit les ressources disponibles, menace la primauté du droit, affecte la bonne gouvernance et favorise le gaspillage et l'incompétence.

Notre conférencier précisera que le président du Comité National de lutte contre la corruption est le Président de la République.

En abordant la notion de corruption dans le système éducatif guinéen, il fera constater que le séminaire national sur la corruption, la démocratie et les droits de l'homme du 1er décembre 1998 qui a recommandé la mise en place des structures de sensibilisation dans les établissements du système éducatif sur les méfaits et dangers de la corruption prouve bien que la corruption existe à l'éducation. Et que s'il n'y avait pas de corruption à l'éducation, le séminaire n'autoriserait la création des structures dans les établissements pour la lutte contre la corruption.

M. Diaby signalera que l'éducation n'a pas été citée par le CNLC en 2001. mais que cela ne veut point dire qu'elle est exempté. Elle a ses propres problèmes.

A ce niveau, il n'hésitera pas à citer quelques exemples de pratiques et stratégies corruptibles :

  • L'installation au Lycée d'élèves n'ayant pas le Brevet;
  • Le contournement des structures officielles dans les transferts d'élèves;
  • L'inscription à l'Université des étudiants non titulaire du baccalauréat ;
  • Maintien dans les classes d'élèves frappés de vieillissement scolaire ;
  • Trafic de diplômes et de relevés de notes;
  • Substitution de profil lors des examens et concours scolaires;
  • Recrutement de faux contractuels ;
  • Trafic de notes,
  • Fuite de sujets d'examens et concours scolaires.


Sont autant de pratiques qui décrédibilisent le système éducatif guinéen aujourd'hui a-t-il ajouté.

Notre interlocuteur avant de terminer, dira que malgré l'importance du secteur éducatif dans notre pays, il est regrettable que le document de stratégies de lutte contre la corruption ne consacre de développement à l'enseignement ni à l'Université.

Pour conclure, il proposa un certain nombre de mesures anti-corruption dans le système éducatif guinéen

  • L'introduction de la dimension de lutte contre la corruption dans les cours d'Instruction Civique et de Morale à l'école primaire et au Collège ;
  • L'introduction du volet corruption dans le programme de Philosophie Morale dans les Lycées ;
  • L'initiation au contact clé de la corruption dans les institutions d'enseignement supérieur ;
  • L'installation et l'animation des enseignants universitaires de lutte contre la corruption.

Avec le souhait que la corruption sera éradiquée dans le système éducatif par l'apport de chacun et de tous, M. Diaby boucla la boucle par cette citation de l'écrivain Aminata Sow Fall « L'éducation à l'étrange pouvoir de modérer l'individu derrière des normes inviolables et de le rendre quasi impuissant dans toute tentative de se libérer de ces normes. Eduquons nos enfants » Il faut signaler justement que la cérémonie a été "aromatisée" par des déclamations de poèmes et de sketches des élèves des établissements partenaires de LAF.

Compte rendu de Touré Fodé Saliou, rédacteur en chef du périodique d'information Gamal-Info

Touré Fodé Saliou à Conakry

 

 
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