Première conférence des Ministres de la CEDEAO en charge de la Science et de la Technologie
1 - 4 novembre 2004, Abuja, Nigeria
Introduction
La Science et la Technologie (S&T) sont reconnues comme étant des éléments fondamentaux pour promouvoir le développement économique, la réduction de la pauvreté, le renforcement des capacités, une meilleure santé humaine, la bonne gouvernance et la production durable de l'environnement. Elles sont également reconnues comme étant les dénominateurs de l'accélération du niveau d'industrialisation de la sous-région ouest africaine.
La mise en œuvre des activités de la S&T dans la sous-région est caractérisée par :
de faibles niveaux de relations entre les institutions scientifiques et le secteur privé ;
le faible niveau de financement des activités de recherche et de développement par les secteurs public et privé ;
l'inefficacité et l'inadéquation des politiques scientifiques dans la plupart des pays aux besoins du développement ;
l'insuffisance d'infrastructures et des équipements et la faiblesse des structures d'encadrement ;
le manque d'échange entre scientifiques et techniciens de la sous région ;
la fuite des cerveaux : des techniciens et scientifiques africains qui désertent le continent pour aller travailler dans d'autres régions du monde ;
la connaissance plutôt limitée du public par rapport à la S&T ;
des institutions ou centres de recherches et de développement de niveau faible ou d'un nombre très limité.
C'est cet état des lieux énoncé ci-dessus qui a motivé l'organisation de la première conférence des ministres en charge de la science et de la technologie des Etats membres de la CEDEAO, le 4 novembre 2004, précédée de la réunion des experts en science et technologie, du 1 er au 3 novembre 2004.
Organisée par la CEDEAO, en partenariat avec le ministère fédéral nigérian de la Science et de la Technologie, la conférence a enregistré la participation des pays suivants : la Guinée, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, la Gambie, le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Sénégal, la Sierra Léone, et le Togo. Elle a également enregistré la présence du représentant du NEPAD (Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique). Au total, la réunion des experts a connu la participation de 40 experts en S&T, tandis que la conférence des ministres, en plus des experts, a enregistré la présence effective de quatre (4) ministres.
Champ d'action et Objectif
La conférence avait pour objectif d'élaborer un cadre stratégique et des mesures qui puissent tracer la voie à l'élaboration d'une Politique scientifique et technologique rentable pour la sous-région. Elle avait également pour objectif d'encourager les participants et de les sensibiliser sur les objectifs du secteur de la S&T de la CEDEAO, qui sont comme suit :
le renforcement des capacités naturelles et technologiques
de la région en vue de sa transformation socio-économique ;
la réduction de la dépendance à l'égard de la technologie étrangère ;
la garantie de l'application appropriée de la S&T au sein de la CEDEAO ;
la promotion de la culture de la S&T dans la perspective du développement de divers secteurs ;
le renforcement des institutions de recherche scientifique existantes ; et
la prise de toutes mesures nécessaires à la préparation et la mise en œuvre de programmes scientifiques.
Problèmes identifiés
Parmi les problèmes identifiés, entre autres, il faut retenir :
i. un manque de mise en œuvre appropriée des activités de sciences et de technologies au niveau national ;
ii. infrastructures, équipements, structures organisationnelles et personnel inappropriés ;
iii. un faible niveau de financement : la région alloue moins de 0,34% de son PNB aux activités de recherches, comparativement aux 2,2% en France, 2,6% aux USA et 5,0% au Japon ;
iv. un maillon manquant entre l'innovation et l'utilisation des applications des résultats des recherches ;
v. un manque de base de données des activités et experts en sciences et technologies au niveau de la sous-région ;
vi. absence de qualité de normalisation de certains produits : ce qui fait que certains de nos produits ne sont pas compétitifs ;
vii. la duplication des efforts de recherche au niveau des institutions de recherches ;
viii. le faible niveau de formation scientifique couplée au déséquilibre du genre dans les activités de recherche scientifique ;
ix. la lourdeur de la bureaucratie administrative dans la mise en œuvre des programmes scientifiques.
Expériences réussies
Les participants ont noté certaines réalisations en matière de S&T au niveau des Etats membres, afin d'établir des possibilités de collaboration. Les domaines identifiés sont :
1. développement et vulgarisation de biopesticides ;
2. culture de germoplasme (culture de tissus) ;
3. technologie de riziculture ;
4. médicaments pour le traitement de la drépanocytose ;
5. production de vaccins contre la fièvre jaune, la tuberculose et la fièvre lassa ;
6. lancement du satellite NigerianSAT-1 pour le suivi agricole et des catastrophes ;
7. le développement des structures Internet mobile ;
8. le développement du nouvel alphabet (N'ko) en Guinée.
En Conclusion
Les Sciences et Technologies (S&T) dans nos pays doivent être le socle de l'éducation et de la recherche scientifique. Des centres de recherche, des centres d'excellence et des centres d'accès doivent y être implantés. La motivation de la population par la sensibilisation aux biens faits des technologies est un facteur de réussite indispensable.
Aujourd'hui les S&T interviennent dans tous les domaines de la vie : la biotechnologie, la transformation des produits, les technologies de l'information et de la communication (TIC). Nous avons les matériaux nécessaires pour leur mise en œuvre dans tous les secteurs de la vie, lorsque leur pourcentage de développement dans nos pays est de 1%.
Par ailleurs, nous sommes confrontés à un monde de technologie agressive dans un nouvel ordre mondial qui nous oblige et impose un rythme et une conduite.
Pour ne pas rester à la traîne et même disparaître économiquement, nous avons besoin : d'un engagement de façon concrète de la part des politiques ; d'une politique sous régionale harmonisée impliquant toutes les parties prenantes ; d'une sensibilisation de la population en matière des TIC et des facilités qu'elles offrent dans l'apprentissage des S&T ; d'une motivation de nos chercheurs, leur permettant de rester sur place pour servir le pays sans chercher à aller ailleurs.
La technologie étant une variable stratégique, elle a besoin de la compétence technique, des ressources techniques et une stratégie cohérente. Elle a quatre (4) composantes indispensables : installations techniques, capacités humaines, connaissance documentaire et organisation.
Dans ce processus de développement l'homme ne doit pas détruire, altérer ou aliéner la personnalité humaine, la culture comme processus d'identification doit intervenir dans toute activité de production de bien.
On peut noter aussi que la dotation des ressources naturelles ne veut pas dire que le pays est riche : en effet le développement porte sur les personnes et la croissance sur les choses.
En définitive il est important de comprendre que l'innovation est différente de l'invention, pour innover il faut de la compétence technique, de la familiarité avec la science et l'esprit de créativité ; tandis que l'invention est la création de nouvelles idées à innover et développer.
Conakry, le 22 novembre 2004
Alpha Amadou BAH
albah@afribone.net.gn